17.07.2010

Amel Boualem, le retour avec la valise

Back_to_the_start_by_Val3ntiin.jpgJe reprends le blogging ! 

Quand on est déjà partie, on a du mal à revenir, et on ne peut que s'établir ailleurs.

Ailleurs     . . .     mais ou ?

Après quelques semaines à Alger, j'ai fait un court passage par Istanbul, puis retour à Alger, Alger-Constantine pour un coming-back rapide, Constantine-Paris lors d'un vol direct où j'ai discuté avec une dame très charmante qui s'est avéré être une enseignante à la fac de Constantine, et qui partait à Stockholm via Paris, présenter une conférence sur les langues maternelles et les écrivains usant de langues étrangères. Tout algérien qui se respecte ne peut qu'être intéressé par un tel sujet !

Une fois à Paris, j'ai vécu 2 mois à ... (parlons parisiens) Lamarck sur la ligne 12. Tout ce que j'ai retenue, c'est qu'il faut faire un changement à Saint-Lazare en sous-terrain, pour aller voir mon amie à Asnières sur Seine. Saint-Lazard a été pour moi que le moyen de prendre la ligne 13, souvent bandée de monde et irrespirable. Je n'ai découvert Saint-Lazare sur terre, que quelques mois plus tard, surprise qu'il y ait une vie au dessus de la station de métro qui permettait aussi d'aller à la Gare de Lyon par la 14, pour nos départs lausannois.

Quelques aller-retour à Lausanne en TGV m'ont donné le tournis, alors j'ai finis par m'installer depuis le 01.01.2010 à Genève, sur la frontière, entre la France et la Suisse pour ne rien rater de la vie !

Pas la peine de dire combien de fois j'ai fait et défait ma valise ... j'avais même finis par arrêter de la défaire à un moment. C'était plus simple ! Je me servais directement dans la valise... c'est mon homme qui était fier de moi (oups) !

Dans ma valise ... j'ai créé un blog que j'ai appelé Lavalise. Tout simplement. A l'époque où je l'ai entamé, je l'avais faite (la valise, voyons !!), et j'attendais de prendre l'avion. Mais, dûe à un incident, ça avait duré longtemps : on en a l'habitude avec Air Couscous, mais sur ce coup ci, ils étaient innocents !!

Amel Boualem m'ayant trop collé à la peau comme Diam's à Mélanie (pas mal le dernier album, d'ailleurs), j'ai voulu être anonyme sous le pseudo de Simsim. Ca n'a duré que quelques mois, avant que ma nature amelisatrice ne revienne au galop. Voilà, c'est mon coming back !

Désormais, venez vous ameliser ici !!

Petit coucou à tous ceux qui m'ont encouragé à reprendre mon blog, particulièrement certains amelisés qui se reconaîtront (ça fait toujours genre de passer un message privé aux uns et pas aux autres !!)

*-* http://lavalise.over-blog.net/ *-*

03.06.2008

Je déménage !!

Je vais ailleurs. Et bientôt, j'irai vraiment ailleurs... qui m'aiment me suivent ?

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02.05.2008

DimaJazz 2008 - sixième édition

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 Constantine du 03 au 08 Mai 2008
Au théâtre régional de Constantine

Programme artistique


03 Mai 2008 : El coudiat aty/ The one

04 Mai 2008 : Madar / Jazzpel

05 Mai 2008 : Sawadu / Mokhtar Samba group

06 Mai 2008 : Day off ( relache )

07 Mai 2008 : El funduq / Steve Coleman and the 5 elements .

08 Mai 2008 : Boney Fields and the Bone’s project .

Pensées particulières pour Aziz et Adel.

 

23.03.2008

Poème d'un jour

En cherchant aujourd’hui un vieux cours de chimie minéral, pour vérifier ce type d’info qu’on ne trouve pas sur le net, je suis tombée sur de vieilles affaires, les archives aux bords jaunis d’une jeunesse peut être pas si bien réussie que ça : des bouts de papier avec des petits mots qu’on se passait entre copines en classe, au lycée… mes dessins sur mes humeurs du jour … quelques mots pour exprimer le stresse de la terminale, ou l’ennui mortel d’un cour d’histoire-géo … ça me fait tout drôle de voir tout ça. J’écrivais même mes poèmes préférés de Victor Hugo et Alphonse De Lamartine des dizaines de fois pour les apprendre par cœur, ça je l’avais oublié … j’avais une drôle d’écriture toute arrondie à l’époque, toutes les lettres ressemblait un « O » ébahi, avec une bouche un peu trop ouverte … attention aux mouches !!

J’ai trouvé aussi quelques essais d’amelisement, proses et poèmes à la rime un peu trop forcée, tristesses et joies au striptease un peu trop osé …

En voici un, qui me rappelle combien, enfant, j’étais sage comme une image il y a une poignée d’années, et combien je me suis rattrapée par la suite au lycée…

Poème qui me rappelle de douces émotions d’une période de lycée qui ne m’a pas tant manqué … et la fac, ça me manquera plus tard ? Qui sait ? Personne.

Alors sur ce, je retourne chercher mes cours de chimie minérale, en espérant ne pas m’oublier dans mes souvenirs. Bonne lecture !

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                      Diabolique

En ouvrant la porte pour commencer ma journée

Sa douce main me retient l’instant de me respirer,

Les effluves de son souffle caressent mon cou

Et ses mots déposent à mon oreille, d’un air suave et doux,

Quelques pensées, des idées et une impure tentation

Qui me font sourire, même frémir et réveillent 

Mes sens hardis, qui s’inclinent comme en adoration,

Devant cet être attirant plein de charmes sans pareils !

Si fin et captivant que mon doute naissant s’éteint,

Il m’amadoue, et trouve à mon cœur un raccourci

Qu’il use pour attiser l’intense feu de mes envies,

Et vient les diriger en vrai maître de maison !

Il s’installe en moi sans effraction, et me tutoie

En toute innocence. Et naïve je n’ai pas réalisé

Qu’en ouvrant la porte pour commencer ma journée,   

J’ai emporté le diable et ses menées à travers moi 

23.11.2007

Quand je lis les bêtises que j’ai écrites il y a quelques années, ça me rassure : j’ai évolué.

J’ai créé mon blog en Septembre 2005, ça date de loin. Ne vous inquiétez pas, je ne vais pas vous raconter ma vie, et vous énumérer encore une fois les motivations qui m’ont poussé à m’inscrire sur BlogSpirit il y a 2 ans. D’ailleurs, je les ai oubliées au fil du temps.

Avant, BlogSpirit n’était pas payant. Je n’étais pas interne en fin de cycle, je lisais beaucoup de poésie, et je n’étais pas accro au scrabble en ligne qui me permet depuis des mois de poser mes fesses sur un fauteuil et de réfléchir longuement à mon avenir.

Aujourd’hui, beaucoup de choses ont changé, moi-même je ne me sens plus être la même (je sais, c'est ce que disent tous les blogeurs de la générations 2005). Et si j’ai changé, ça ne peut être qu’en mieux, puisqu’en lisant quelques anciens articles, je les trouve ridicules, bêtes et vains. Si je n’avais pas évolué, je serai encore ébahie, en complète admiration devant ce que j’aurais qualifié de chef d’œuvre.

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Un jour, en me servant mon bol de soupe de légumes, chaude fumante comme je l’aime, avec beaucoup d’épices aromatiques et de crème fraîche, j’ai pensé à créer un héritier à mon blog. Héritier qui serait plus jeune, plus vif et plus représentatif de ma personne, et sur lequel je rapporterais les plus récents articles qui ressemblent à ce que je suis main’nant, bien plus à ce qu’était la petite Amel Boualem d’il y a 2 ans. Mais j’ai perdu ces articles en question, par maladresse dans un big bug. Le temps que je les retrouve dans mes brouillons, et que je crée un autre blog sur un autre hébergeur pour les y mettre, je me suis rendue compte qu’aucun n’était meilleur que Blogspirit (je savais que j’allais finir par raconter ma vie…)

Blog d’un jour, blog de toujours.

Comme quoi, rien ne devrait jamais être complètement bon pour la poubelle. Il y a toujours quelques éléments bons pour la récup’, le recyclage ou le vintage. Même si on aimerait changer radicalement tout, avec la même vitesse qu’une zapette magique devant un écran géant qui serait notre vie, on devrait savoir repiquer les vieilleries sur un lit traditionnel, pour y faire naître plus moderne et plus beau.

C’est comme nos us et coutumes.

Certains croient qu’il faut tout rejeter et aller vers une culture plus moderne et européanisée pour suivre le monde, mais ils oublient de mettre dans leurs valises tout le charme de notre identité et nos traditions, car s’il y a un côté rétrograde et ridicules de certaines pratiques algériennes, il est écrasée par les marmites d’un art culinaire sans pareil, des habits traditionnels séduisants, un style architectural arabo-musulman, un savoir faire artisanal, et une musique folklorique diverse et variée qui balaie toute l’Algérie, de Constantine à Tlemcen en passant par Alger avec la musique arabo-andalouse, Oran et les cafés de la Kasbah d’Alger avec le Rai et le Chaâbi, la grande Kabylie et tout le Sahara avec les chants berbères et touaregs.

Et tout ça, s’il ne suit plus la vitesse du 21ème siècle est à moderniser, non pas à jeter ou à remplacer.

f8313bc1ee03a0bbeadde7ea2cdb15e8.jpgC’est la raison pour laquelle je suis sous le charme de la musique de Kawthar (merci à Zahou pour la découverte). C’est une jeune artiste dont la voix marie si bien des airs andalous et modernes sur les notes d'un pianos ou les cordes d'une guitare électrique, et à qui je souhaite de sortir très vite le premier album pour que je l’écoute en boucle, comme je fais avec ses quelques extraits …

En conclusion, et après avoir fait assez long déjà, je garde ce blog. Je veux lui redonner une bonne haleine (à coup du Natri Bifluor national, seulement... oui, je vais en avoir à brosser), garder les articles qui me tiennent à cœur, et supprimer tout ce qui peut témoigner contre moi, et apporter la preuve que je n’ai pas toujours été d’une intelligence rare et exquise, car je compte bien tromper ceux qui vont découvrir mon blog à partir d’aujourd’hui.

Comprenez bien chers fidèles et anciens lecteurs, que vous avez été de malheureux privilégiés : vous avez été en possession des preuves de toute la vérité d'Amel Boualem, qui auraient pu vous rendre riches, si vous aviez seulement pensé à les garder afin de me faire du chantage. Mais main’nant, c’est trop taaard.  

A présent, vous ne pouvez plus rien contre moi, et je vais me faire passer pour une chic demoiselle, à l’esprit riche et fin.  

Faites que tout le monde morde à l’hameçon, mon Dieu !! 

31.10.2007

Mon Octobre 2007

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19.10.2007

Au service de Parasito

Premier service auquel je suis affectée, au cours de mon stage d’internat. Je suis en 5e et dernière année. C’est l’année où on pense à l’an prochain, sans savoir comment qualifier ce que l’on deviendra. Diplômé ? Chômeur ? Pharmacien ? Docteur en pharmacie option biologie ? Résident R1 ? Etudiant en Master1 ? De préférence M2 pour éviter toute discrimination raciale ? Stagiaire dans un labo ?

Depuis les premiers jours, le service de Parasito parait être très sympa : le personnel donne l’impression d’une bonne entente et cohésion, et chacun fait son travail dans la bonne humeur, même les agents et les ‘’servantes de salles’’, des mots meilleurs que ‘’femmes de ménage’’ pour désigner celles qui sont payées pour faire le sale boulot.

Il y a 4 unités, mais on aime appeler ça les paillasses, ce qui les réduit à la seule surface de manipulation. Il y a la paillasse de la séro, la myco, la leish/palu, et enfin la copro.

La myco est la plus intéressante, c la seule paillasse où on reçoit beaucoup de malades, la seule où les internes peuvent leurs faire un prélèvement selon la localisation de la lésion, accompagnant cela d’un questionnaire : Tu as une autre lésion ? Depuis quand ça évolue ? …etc.

On se rend vite compte qu’il faut oublier le langage des cours et le jargon médical, dont les termes ne se trouvent que dans un atlas de poche médical. Avec le patient, il faut employer des mots simples, en français ou en arabe dialectal selon le niveau de la personne, niveau qui se lit juste à côté de la marque de son pull et de ses chaussures, ou qui se devine grâce au parler et accent du patient.

Nous recevons des gens de toutes les tranches sociales, des enfants sales dont les parents ont oublié de faire prendre une douche pendant longtemps, aux étudiants de médecine hyper chicos qui suspectent un Pityriasis versicolor à la moindre petite tache dépigmentée sur le bas du dos, c’est à se demander comment ils ont pensé à regarder cette partie de leur corps.

Ça nous donne une magnifique vue microscopique sur la société constantinoise, avant qu’on se mette à 0a971cb2324305f11a3ab0e2a80e0408.jpgexaminer les prélèvements sous le microscope optique, de chercher en vain un champignon ou de finir par trouver le champs qui montre de beaux filaments, ou des spores, les meilleurs étant les spores bourgeonnants. C’est vraiment beau à voir, mais c'est également effrayant de penser que nous ne vivons pas dans l’intimité entre êtres humains comme nous en avons l’impression, mais nous côtoyons tous les jours, et sans les voir, différentes espèces d’autres règnes, animal, végétal et fongique. Alors bonjour madame paranoïa !

En myco, quand on pose un diagnostic positif, on n’est jamais triste pour le patient, ce n’est pas comme si on allait lui annoncer que sa jambe devra être coupé. Un traitement (parfois imposant) devra être mis en place, mais les mycoses causent plus de désagrément inesthétique ou gênant que de décès, sauf exception bien sûr. C’est plutôt le fait de rendre un diagnostic négatif qui nous met mal à l’aise, car les signes cliniques sont bien présents, et le malade devra consulter encore d'autres spécialistes pour trouver ce qu'il a.

Une jeune fille s’est présentée à notre service avec sa mère. La mère était d’une infinie grâce, elle avait cette beauté et cette façon qu’ont les bourgeois de parler et de se mouvoir, qui nous fait nous dire que la personne vient des milieux les plus nobles et aisés. Elle avait une peau blanche dorée, des cheveux châtains et une voix si claire et posée.

Malgré cela, la fille avait l’air d’une pauvre créature très modeste. La peau cuivrée, les cheveux noirs et bouclants, le sourcil épais. Elle avait l’air mal à l’aise, comme le sont les modestes villageois quand on regarde avec insistance leurs chaussures trouées, pourtant les siennes ne l’étaient pas. Bien vêtue, elle l’était mais sans cette noblesse et cette finesse qu’avait sa mère. Je ne sais pas pourquoi.

A la maternité où cette bonne femme avait accouché il y a une quinzaine d’années, on a peut être du lui remettre un autre bébé que le sien, par mégarde. Mais bon, tant qu’on n’a pas vu le père, on ne peut pas se prononcer.

Cette ado présentait une dépigmentation de la peau au niveau du visage, et d’après sa mère, la zone décolorée ne fait que s’agrandir depuis quelques mois, aucun traitement ne réussissant à  faire stopper le phénomène.

99a5c98e38b07b6d719b9def07f1aade.jpgOn lui fait un premier scotch test en s’attendant à lui trouver un Pityriasis versicolor. Rien.

On lui en refait un deuxième pour écarter un défaut de manipulation. Toujours rien.

Vu l’ampleur du coté inesthétique de cette dépigmentation, la maître-assistante voulait absolument remettre un diagnostic sûr. Un 3ème scotch test fut effectué. La fille avait très peur et était tendue. Elle a du voir beaucoup de dermatologues observant sérieusement et avec un regard grave la décoloration de son visage qui lui faisait des parties brunes, et des parties blanches rosâtres. Ça l’amochait assez, et ses camarades de classe devaient certainement se moquer d’elle si souvent pour qu’elle en soit complexée à ce point. Il sort souvent des mots monstrueux de la bouches des gens qui ne se rendent pas compte du mal qu’ils génèrent. Cette fille ne devait pas avoir de petit ami, ses mains étaient mal soignées et ses ongles étaient longs sans être manucurés. Sa mère devait être certainement à l’origine de son look bien soigné, mais elle doit être dans le désespoir de ne pas pouvoir influencer autre chose chez sa môme.   

Le résultat est toujours négatif. On finit par le lui remettre, en faisant un repiquage sur milieu de culture dans l’espoir de cultiver une quelconque mycète qu’on aurait pas vu sous le microscope. La maître-assistante était compatissante, elle n’a rien laissé voir en présence de la malade pour ne pas l’inquiéter, mais après sa sortie, elle nous a dit que ça pouvait être un début de vitiligo. Ça nous a tous plongé dans un affolement triste.

Si c’était le cas, c'est son médecin traitant qui devra le lui annoncer, et cette fille finirait par devenir complètement blanche sur tout son corps d’ici quelques temps, mais pas avec un teint aussi joli que celui de sa mère. Non seulement elle n’avait rien de la finesse et du charme de celle ci, mais en plus, sa peau pourrait prendre une couleur rosée peu naturelle, pas très belle et avec un air toujours malade et fragile. La pauvre môme ! Elle ne pourrait jamais s’exposer au soleil du fait de la destruction de ses mélanocytes qui ont pour rôle de protéger la peau contre les UV, comme vous le savez. Comment faire à la plage ?

J’ai également pensé à l’éventuelle vie amoureuse chaotique que cette jeune ado allait avoir. Elle n’oserait pas toujours aimer de peur d’être rejetée à cause de sa différence. 

Tous les jours, moi et Sofia, ma collègue, regardons le tube de culture N° **43 à l’étuve, qui n’est autre que celui de cette fille. On ne pourra remettre le résultat que 21 jours après le repiquage et on n’en est qu’à la première dizaine. Ça arrive souvent que l’examen direct soit négatif, et que la culture apporte la positivité ultérieurement. Croisons tous les doigts pour que ce soit le cas, et que cette petite Anissa ne s’enferme jamais dans la solitude d’un vitiligo muet, doublé de la peur de ne jamais être aimée à cause de quelque chose sur lequel elle n’a eu aucun contrôle.   

Outre le scotch test, il y a d’autres prélèvements : squames, cheveux, cuir chevelu, prélèvement cutané, unguéal, inguinal …etc. Et c’est justement de ce dernier qu’on débattu la semaine passé, moi, Sofia et le béninois du groupe Romain. 

Quand on a un prélèvement inguinal à faire sur un malade (au niveau de l'aine), le personnel de sexe opposé doit quitter la pièce, à moins que sa présence ne soit nécessaire.

Julien trouve cela injuste de ne pas pouvoir apprendre sur certaines lésions qui touchent les femmes (mais qui pourraient toucher aussi les hommes, encore faut-il qu’ils se présentent à notre service et en notre présence). Sofia trouve que cela tient à la religion, et qu’on ne doit pas discuter la chose, et moi je pense au malade qui doit être plus à l’aise sans son pantalon, avec des gens du même sexe.

Le patient n’est pas qu’une fiche technique accompagnée d’un prélèvement, c’est un être avec un passé, des souvenirs et des sentiments. Il mérite le respect de sa personne. Mais Julien dit que ce n’est guère un manque de respect qu’un homme fasse un prélèvement inguinal à une femme. Ce n’est pas ce que j’ai voulu dire, mais Sofia pense que c’est justement le cas, et que dans un pays musulman, on se doit de respecter les mœurs de la société même dans un hôpital. Mais la science est sensée être dépourvue de religion, sinon, les hommes ne devraient jamais accéder à la spécialité de gynécologie.

Nous ne sommes toujours pas tombé d'accord à ce sujet, et nous n'avons pas encore compris l’origine et les motivations de cette façon de faire que tout le monde semble avoir adopté depuis des années. Cependant, dès que nous voyons l’ordonnance du patient, qui le précède souvent, nous savons si moi et Sofia allions quitter la pièce, où si ça allait être le tour de Romain, qui est toujours mécontent de fermer la porte derrière lui. 

On dit souvent que l’appétit vient en mangeant, et pour moi c’est vérifié. L’an passé, le module de parasitologie était loin d’être mon favori, encore moins le chapitre de la mycologie. Mais je me rends compte combien ce domaine est passionnant une fois dedans, et combien j’aime être en contact avec des gens (qui ne souffrent pas beaucoup) et voir la vie défiler tous les jours à travers eux. J’aime quand ils me laissent pénétrer leurs vies, leurs soucis, leurs passés, leurs envies et leurs peurs ... je leurs pose des questions sur leurs mycoses, en les scrutant discrètement, et j'en recueille des réactions bien plus que des réponses. L’être humain est d'une monstrueuse beauté. Il est si passionnant.   

Mais voilà main’nant moins d’une semaine, que je suis affectée à la paillasse de leishmaniose pour laisser ma place en myco, avec regret, à d’autres internes. Chacun de nous devra honorer la paillasse à laquelle il est affecté.

La maladie de la leishmaniose est moins répandue. De plus, Constantine n’est pas une zone d’endémie. Nous y recevons également des patients bien sûr, mais un seul chaque 3 ou 4 jours, et les gens qui s’y présentent n’ont pas un accent constantinois, ce qui confirme que Constantine ne fait pas partie de la zone d’endémie. Ça chôme un peu.

J’essaie de m’occuper un peu en copro qui est juste à côté, j’aide mes camarades à faire certaines manipulations, mais l’odeur de l’éther qu’on y utilise est trop forte, et a des effets secondaires après inhalation de vapeurs tels que la somnolence, d’ailleurs il est souvent utilisé par les kidnappeurs. Quand je m’y ennuie, je m’en vais faire un tour en myco, pour surveiller le tube de Anissa. Mais comme il y a peu de choses à faire, j’ai entamé un roman de Steinbeck que je lis en cachette derrière un microscope, tapie au fond de la salle.    

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John Steinbeck a reçu le prix Nobel de la littérature en 1962. Il est l’auteur de « A l’est d’Eden », qui est à ce jour mon roman préféré, un véritable résumé de l’être humain, qui papillonne entre la sagesse du vieux chinois, la naïveté d’Adam Trask et la cruauté déguisé en une gueule d’ange répondant au prénom de Katy. Ce roman a été adapté au cinéma, mais le film n’a rien de la richesse des quelques 700 pages qu’on lit facilement d’une seule traite.

Je vous en dirai plus sur « les raisins de la colère », prix Pulitzer, qui est entre mes mains ces jours ci. C’est un roman réaliste retraçant la vie de personnes qui ont réellement existé et souffert de la crise des années 1930 et des tempêtes de poussière dans l'Oklahoma aux USA. Ce roman a une valeure historique.

Steinbeck est connu pour ne parler que de gens qui ont réellement traversé sa vie. J’ai lu quelque part qu’il a refusé de publier plusieurs romans qu’il avait finis d'écrire, parce qu’il pensait que la hauteur d’esprit de ces gens dont il a parlé n’était pas assez bien décrite, et ne serait donc pas appréciée à sa juste valeur par les lecteurs qui saliraient la mémoire de ces fantômes parfaits du passé.

Faites que je le chef de service de Parasito ne me découvre jamais cachée, accroché aux vignes de Steinbeck.

12.10.2007

Débat autours de l’Aid El Fitr

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Le Ministre des Affaires Religieuses était formel hier : nos amis les saoudiens sont montés sur les toits pour observer le croissant du nouveau mois auquel devrait céder place le Ramadan, mais ce fut sans utiliser de télescopes ou de loupes, ce qui annule la déclaration non-scientifique qu’ils ont faite : la fin du Ramadan ne sera pas pour vendredi !! Il nous faut bien respecter ce que le Bon Dieu nous a dit « soumou li rou2yatihi, waftirou li rou2yatihi »*

Cependant, le Ministre des Etudes Supérieurs et du Chômage Chronique Algérien Subi et Volontaire (MESCCASV) n’était pas d’accord pour un Aid le Samedi, ce qui rendrait fériés les 2 jours de Samedi et Dimanche, argumentant qu’élèves, étudiants et employés ont eu assez de jours fériés, de prises de contact, et d’absences justifiées par le jeûne et la fatigue, et qu’il ne fallait plus rater une seule occasion de travailler et d’étudier. Selon lui, l’Aid devrait être le Vendredi.

Les membres de l’Association des Zmagra** Maghrébins (AZM) ont eux aussi pris part au débat pour défendre leurs position. Ils ne vivent pas dans des pays musulmans, et sont souvent obligés de rater une journée de boulot, de justifier l’absence de leurs enfants à l’école, ou de renoncer à la présence de leurs universitaires obligés d’assister à un TP ou un exam.

L’Aid doit être le Samedi selon eux, pour que personne n’ait à rater quoi que ce soit pendant le week-end, ainsi tous les zmagra pourraient profiter d’une journée où tout le monde serait libre d’aller rendre visite à sa famille et ses amis, et de prendre le temps d'un petit déjeuner sur les airs de "mezinou nhar el youm" de Abdelkrim Dali, sans quoi aucune Aïd ne serait.

Mais comme on ne peut pas contenter tout le monde, les algériens, grands estomacs sur pattes, n’ont plus la force de supporter une journée de jeûn de plus, la nuit décisive (lilat chak). Ils iraient presque manifester dans les rues après la rupture du jeûne, criant de toutes les forces que leurs ont donné les calories du ftour, d’une seule voix « pour un aid le Vendredi ».

En bref, il s’est passé beaucoup de choses, on a faillit avoir une fetwa disant que Ramadan aurait du se terminer Jeudi, puis d’autres qui auraient été partants pour un Aid le Dimanche, pour faire le pont et fériériser*** ainsi le Samedi, profiter du Dimanche et Lundi, et pourquoi pas faire une autre pont jusqu’au week-end suivant.

Finalement, la décision fut annoncée vers les coups de 20h, et ce fut une femme qui a eu raison de tout ce beau monde : Fatiha el ksantinia n’avait pas fini de faire des gâteaux pour la fête, alors il fallait lui donner un jour de plus pour terminer la préparation de sa baqlawa et son maqroud.

Ainsi, vous savez tous que l’Aid est pour Samedi 13 Octobre 2007, en sachant tout concernant les coulisses de « lilat chak ».

Main’nant, je vous souhaite à tous un Aid Moubarak, et pas beaucoup d'ennui durant cette journée que je trouve la plus soulante de l'année. Je sortirais volontier faire un tour à vélo !!

-*bonne fête*-

* « commencez le jeûne à sa vue -le nouveau croissant-, et arrêtez-vous à sa vue »

** les émigrés -> les_émigrés -> les zémigrés -> zmagra

*** Cf le dictionnaire de Gad El Maleh

04.10.2007

La faille (Ryan Gosling et Anthony Hopkins)

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« Quand on scrute les choses, on voit qu’elles ont toutes un point faible, et c’est là que survient … la fracture », phrase dite par Ted Crawford, au Maître Beachum, qui a la meilleure vue du monde de chez lui.  

Ted est accusé d’avoir tué sa femme. Après avoir découvert qu’elle le trompait, il avait décidé d’élaborer avec minutie Ze crime parfait, et la tuer. ‘’Parfait’’ est justement le mot de ce film, après fracture et faille.

Rien, absolument rien n’est parfait, combien même il le paraîtrait sous tous les angles. Il reste toujours une faille cachée que toute chose, toute personne porte en elle. Et en appuyant sur ce point et seulement sur ce point, on peut tout manipuler, tout détruire ou reconstruire. Quand on trouve le point faible d’une personne, on peut faire tout ce qu’on veut de cette dernière, en la maintenant impuissante et perplexe de ne pouvoir que se débattre dans le vide, frustrée et blessée.

Nous avons tous un point faible : la peur d’être abandonné pour certains, le manque de confiance en soi pour d’autres, une claustrophobie, une noyade durant l'enfance, l’horreur de se faire avoir, un important but à atteindre …etc. Et si vous vous pensez être parfait et que vous faites tout pour le rester ou le devenir, n’oubliez pas que le perfectionnisme peut être également un point faible.

Et son point faible est le genre de chose qu’il faut savoir cacher dans ce monde où on est soit victime, soit prédateur. Il nous faut absolument détecter le moindre fléchissement chez les autres, et les empêcher d’accéder au contrôle de notre personne, sans nous trahir dans un regard expressif, une réaction nerveuse, un trismus ou une main qui tremble et qui montrerait du doigt les bonnes pistes, malgré nous. Evitez celà pour ne pas vous transformer en un pantin géant et ridicule.

Willy Beachum est perfectionniste, très confiant et aime la victoire. C’est peut être là son point faible, et d’après Ted, c’est le cas. Willy est le procureur adjoint qui poursuit Ted dans cette affaire de meurtre qui va virer à un jeu de manipulation, et une confrontation têtue où chacun aura besoin de garder intact son orgueil, en trouvant la faille de l’autre. Amusant et intriguant. Pendant tous les échanges entre ces 2 parties, je n’ai cessé de penser à une phrase qui a été dite dans un autre film … ‘’garde tes amis près de toi, et tes ennemis encore plus près’’. Cette phrase est tellement intelligente !

e52841002d3d65341ef31c1a01c95b11.jpgIl y en a une autre que j’ai aimée, parmi tant d’autres dans ce film de Grégory Hoblit. On me dit que c’est un célèbre dicton chinois, mais je dois être un peu inculte pour ne pas le connaître.

« Même une pendule cassée indique l’heure juste, deux fois par jour »

Et vous, anonymement, oseriez vous m’avouer votre point faible ?

12.09.2007

Saha Ramdankoum, édition 2007

Pour une fois que nos votes ont été pris en compte ! Généralement, les gens du peuple se déplacent vers les guichets de vote pour exprimer leurs préférences, tandis que les autorités avaient déjà décidé du résultat final.

Cette année aura donc connu une légère amélioration, tous ont voté pour un Ramadan débutant le Jeudi 13 Septembre 2007, et c’est le résultat qu’on a eu : une journée de plus pour s'empiffrer de "touajen" et de plats différents .

Et c'est exactement la nourriture qui pose problème pendant ce mois sacré, où les musulmans sont supposés faire le jeun : se priver de manger et de boire de l’aube à la tombée de la nuit, et ceci, dans le but de comprendre les nécessiteux et les pauvres orphelins qui ont faim toute l'année, et de devenir ainsi plus généreux et prodigues. Explication de manière générale.

212b4bde3123fba173e5b33252a0d912.jpgqui Pourtant, à cause de cette privation -outre l'énervement et les bagarres que ça génère, régime sans nicotine oblige- les gens se sentent obligées de manger "mieux" et surtout "plus" que d'habitude, d'où les spéculations et les prix qui montent en flèche de tous les produits et tous les marchés (200 DA le kilo de Gnawya, pour infos) car les commerçants profitent du fait que toutes les familles prévoient des menus très divers et enrichis pour l’iftar:

-         Chorba frik

-         L’7am le7lou / Tadjine zitoune

-         Briques aux crevettes

-         7miss, comme accompagnement

-         Salades variées, avec du riz, du mais, beaucoup de mayonnaise, des avocats –sans toges-, et pourquoi pas des petits salés avec du caviar … etc.

-         Zlabya, beignets et autres amuse-gueules

-         Rfiss/ Mesfouf avec du lait caillé, pour la 2nde  mi-temps.  

Etc., jusqu’y a ce qu’il n’y ait plus de place sur la table.  

d7564b46f6d4b869e835fd2762026f29.jpgPour rappel, le Ramadan est l’un des 5 piliers de la religion musulmane, avec la profession de foi, la prière, l’aumône et enfin le pèlerinage. C’est le mois où les fidèles sont appelés à accomplir également la lecture du St Coran, pendant les prières des Tarawi7, et multiplier les bons points (7assanet) par différentes manières, notamment par l’aumône.

Qui croirait qu'on mange plus un mois de jeun, qu'un mois ordinaire de l'année ? Qu'on dépense bien plus un mois de Ramadan, mois sacré de clémence et de miséricorde, qu'un autre mois ? Que les soirées sont plus longues, et pas forcément dans les mosquées ?

Quand on ne vit pas dans un pays musulman, on est complètement à côté de plaque, on ne comprends rien aux phénomènes observés.

C'est comme certaines fêtes chrétiennes. Quand j'étais petite, je trouvais belle la fête de Noël. Un beau sapin décoré, avec beaucoup de cadeaux et des sucreries, c’était le top.

On la fêtait même, quand on était gosse, parce que ça nous donnait envie, et qu'on avait envie de croire à un Papa Noël adorable avec une longue barbe blanche, qui s'immiscerait la nuit dans notre chambre pour y déposer des cadeaux, quand on a été gentils et sages. N’est-ce pas merveilleux ?

Mais qui aurait cru que c’était la fête la plus stressante en France ?